Andrés Landero – La muerte de Eduardo Lora


Nous sommes à San Jacinto, dans la Colombie des années 50, entre les collines brûlées par le soleil de l’arrière-pays caribéen. La vie est dure, on se lève tôt, on saisit sa machette et l’on part dans les champs pour tailler les bananiers, surveiller les troupeaux ; le soir on rentre couvert de poussière le long de routes sinueuses et l’on se retrouve sur un seuil de terre battue, avec un accordéon et une bouteille d’aguardiente, pour chanter des cumbias, des vallenatos, des airs qui viennent du cœur et parlent de choses simples. La vie est dure, celle des musiciens comme celle des autres : Andrés Landero le sait bien, lui, l’homme du peuple qui n’a jamais cessé de travailler, le « Roi de la Cumbia » qui compose des chansons sur les outils et les oiseaux. Les longues semaines passées à travailler la terre sont interrompues par les concours, où il fait étalage de ses talents d’accordéoniste, les tournées dans les villages voisins, les mariages où l’on boit et danse jusqu’à l’aube. Ce matin-là, les derniers noceurs viennent d’aller se coucher, Andrés quitte la scène ivre mort et s’apprête à faire de même. La fête fut belle. Son compère de toujours, le chanteur Eduardo Lora, le salue et se dirige vers sa voiture. « J’ai gagné un prix à la loterie ! Je vais le chercher à Carthagène ! » C’est la dernière fois que les deux hommes se parlent : Eduardo s’endort au volant, et meurt d’un accident en contournant la colline voisine. Cette fois-ci, pour Andrés, la gueule de bois ne passera pas. Son deuil, il décide de le faire comme il a toujours tout fait : en chantant.


La muerte de Eduardo Lora            
miren que muerte tan negra
salió alegre de su pueblo
para morir en la Venera
Eso nunca lo creía
la muerte de Eduardo Lora
ya se acabó esa memoria
en que San Jacinto tenía

Como era un buen cantador
es que Landero lo llora
todo el mundo lamentó
ya se acabó quien te ayudaba


Me llena de sentimiento
al tocar sus bellos sones
Eduardo lora no ha muerto
vive en nuestros corazones

La mort de Eduardo Lora / Regardez, quelle mort noire ! / Il est parti heureux de son village / Pour mourir sur la colline de la Venera / Je n’y aurais jamais cru / A la mort d’Eduardo Lora / Ca y est, son souvenir est passé / Celui qu’il a laissé à San Jacinto

Puisque c’était un bon chanteur / Andrés Landero le pleure / Tout le monde s’est lamenté / Il est parti, celui qui t’aidait

Ca m’emplit d’émotion / De jouer ses beaux morceaux / Eduardo Lora n’est pas mort / Il vit encore dans nos coeurs


Au fil de la chanson, c’est tout le processus de ce deuil qui nous est dévoilé. Du déni du premier couplet à l’acceptation du dernier, de la mémoire d’Eduardo qui disparaît pour finalement renaître, nous accompagnons Andrés dans son épreuve, nous le voyons trembler puis trouver l’apaisement. Son hommage est inédit dans l’histoire de la musique vallenata ; la noirceur du texte, s’il en choque certains, n’empêche pas le morceau de devenir un succès radiophonique. Notre accordéoniste, au long de sa carrière, l’a colporté de fêtes de villages en festivals, joué sur toutes les scènes, au point d’en faire un véritable standard : « Eduardo Lora n’est pas mort, il vit encore dans nos cœurs ». Mission accomplie.

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