Pot-pourri

Focus Artiste : los Gaiteros de San Jacinto


Les Montes de María, nord de la Colombie. Dans les villages qui émergent de la végétation luxuriante, une fascinante tradition musicale se transmet de génération en génération : c’est celle de la gaita, la variante locale de la cumbia. Dans les ensembles de gaiteros, la section rythmique est faite de percussions d’origine africaine qui ont traversé l’océan dans les navires d’esclaves ; on y ajoute les gaitas, ces longues flûtes de cactus au son si caractéristique qu’elles ont donné son nom au style musical, ainsi qu’un chanteur. Les gaitas sont les descendantes des flûtes précolombiennes dont se servent les peuples indigènes de la Sierra Nevada, la chaîne de montagne voisine. La région tout entière résonne de leur son envoûtant : les musiciens sillonnent les collines de festivals en festivals, de concours en concours, jouent sur les places et dans les parcs, faisant danser un peuple au rythme des tambours, entrelaçant des mélodies mystérieuses en chantant leur amour de leur terre natale. Certains de ces groupes sont célèbres dans tout le pays, et parfois plus loin : parmi eux, les Gaiteros de San Jacinto, princes de la gaita, ont fait voyager leur musique bien au-delà des frontières colombiennes.


Cette chanson rend hommage aux racines métisses de la gaita : « Je suis le bon héritier / Le bon héritier du noir, de l’indien et du blanc / Du noir, j’ai hérité le tambour / De l’indien j’ai hérité la flûte / Et de l’espagnol, son chant. »

C’est au milieu des années 40, dans le hameau de San Jacinto, que Toño Fernández décide de réunir des musiciens passionnés par les traditions locales, dont ses trois frères. Le groupe est né, il se convertira au fil des années en une véritable institution, joyau et emblème de son village ; toutes les localités du coin suivront cet exemple, et les ensembles de gaita qui sont aujourd’hui légion se livrent une perpétuelle et vivifiante compétition. A partir de 1955, sous l’impulsion du folkloriste et écrivain Manuel Zapata Olivella qui se charge de les faire connaître, nos gaiteros jouent dans toute la Colombie puis en Chine, en Union Soviétique et en Europe Occidentale. Ils acceptent leur rôle inattendu d’ambassadeurs du littoral caribéen, sur scène ou en studio. Les membres vieillissant passent progressivement le relais à de jeunes musiciens, parents ou amis des anciens : aujourd’hui, aucun des créateurs du groupe n’est en vie, mais il poursuit sans coup férir sa tournée sans fin. Les nouveaux arrivants apportent parfois une touche d’originalité, comme l’introduction d’un accordéon ; les thèmes abordés restent toutefois les mêmes, entre hommage aux paysans colombiens et à leur mode de vie, complaintes faisant la chronique d’amours déçues, et célébration de la danse comme remède aux douleurs du quotidien. « Un petit animal des collines sort de son bosquet / Pour manger le manioc que je viens de semer », chantait Toño Fernández sur Animalito del Monte en 1978 ; « Je vis dans un champ joyeux au milieu d’une savane / Et quand mon troupeau brame, je me mets à chanter » nous dit Rafael Castro, le chanteur actuel, dans Campo Alegre en 2012. Rien de nouveau sous le soleil de la côte Caraïbe …

Toujours sur les routes près de quatre-vingt ans après leur création, les gaiteros seront en concert ce vendredi 15 novembre chez nos amis de la Marbrerie, à Montreuil. C’est par ici que ça se passe !

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