Le pandeiro, prince des percussions brésiliennes


Au Brésil, la musique est une chose sérieuse.

L’inventaire des instruments de musique, que l’on retrouve devant une enivrante roda de samba ou dans le tumulte d’un bloco de carnaval, est aussi vaste que surprenant. Des cordes (guitare sept cordes, cavaquinho) aux cuivres (soubassophone), en passant par un panel étoffé de percussions (agôgô, surdo, repique, cuica) ; les musiciens et musiciennes développent toujours une virtuosité hors du commun.

On se penche aujourd’hui sur l’une des percussions phares du pays, le pandeiro. Ubiquitaire sur les 8,5 millions de km² du Brésil, le pandeiro occupe une place lourde dans son ADN rythmique. Il marque le temps / bat la mesure aussi bien sur le choro, le samba, la capoeira, le partido alto ou le jazz.

L’instrument est originellement le fruit d’une ingénierie orientale. Héritier du tar arabo-andalou, le pandeiro est un artefact issu de la conquête maure de la péninsule ibérique, en 711.  Il fut ensuite introduit au Brésil par les premiers colons jésuites portugais au XVIe siècle. Composé d’un anneau de bois recouvert d’un cerclage d’acier tendant une membrane de cuir (ou synthétique dans ses versions plus modernes), l’instrument rappelle un tambourin. Avec l’obligatoire rangée de cymbales intégrées à l’anneau central, grandes responsables du lourd volume de décibels produits par une si petite chose, le pandeiro a, lui, plus de classe qu’un vulgaire tambourin.

Ce qui fait sa singularité, ce qui le différencie proprement d’un tambourin classique, c’est la façon dont on en joue. Le génie brésilien y a posé un rapport particulier, alliant l’utilisation traditionnelle des cymbales à un jeu porté sur la membrane. Artifices et altérations y sont alors légion. Le pandeirista (le joueur de pandeiro) oscille entre polyrythmies et tours de magie techniques, dans un spectacle teinté de frénésie. Voyez plutôt :

Le secret d’une telle virtuosité réside dans la coordination des deux poignets, le mouvement devant s’imposer mécaniquement sur le tempo. Une fois intégré, l’automatisme permet maintes folies, et ce qui n’est qu’un simple tambourin se meut en une percussion d’étude.

Instrument de rue et de roda, le pandeiro est fondamentalement populaire. Sa valeur technique et musicale l’a tout de même flatté auprès des musiciens institutionnels, pour en faire un instrument de conservatoire reconnu pour sa polyvalence et les expérimentations rythmiques qu’il permet.

Instrument de rue et de roda, le pandeiro est fondamentalement populaire. Sa valeur technique et musicale l’a tout de même flatté auprès des musiciens institutionnels, pour en faire un instrument de conservatoire reconnu pour sa polyvalence et les expérimentations rythmiques qu’il permet. Réputé et prestigieux, le pandeiro s’impose alors parmi les grands percussionnistes comme véritable instrument soliste.

Par delà sa valeur musicale intrinsèque, le pandeiro est aussi particulièrement évocateur dans les représentations picturales du pays. L’instrument évoque toujours la fièvre des rodas (de samba, choro, capoeira, frevo…), avec leurs ambiances d’allégresse et de connexion par le rythme. Il s’inscrit dans un imaginaire musical, artistique et culturel, qui cristallise la douceur de vivre brésilienne.

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